Attentat de Conflans-Sainte-Honorine

Attentat de Conflans-Sainte-Honorine
Image illustrative de l’article Attentat de Conflans-Sainte-Honorine
Dépôt de fleurs en hommage à Samuel Paty devant le collège du Bois-d'Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine.

Localisation Conflans-Sainte-Honorine, Yvelines, Drapeau de la France France
Cible Civil
Coordonnées 49° 00′ 50″ nord, 2° 06′ 55″ est
Date
Vers 17 h[1] (HAEC)
Type Assassinat
Décapitation
Armes Couteau
Morts 1 (Samuel Paty)
Auteurs Abdoullakh Anzorov (abattu par les forces de l'ordre)[2]
Mouvance Terrorisme islamiste
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Attentat de Conflans-Sainte-Honorine

L'attentat de Conflans-Sainte-Honorine, aussi désigné comme l'assassinat de Samuel Paty, est une attaque terroriste islamiste perpétrée le à Conflans-Sainte-Honorine, en Île-de-France.

Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie, est assassiné par arme blanche et décapité peu après être sorti de son collège. Son assassin, Abdoullakh Anzorov, est un citoyen russe d'origine tchétchène âgé de 18 ans et qui bénéficie du statut de réfugié accordé à ses parents alors qu'il était mineur. Il est abattu quelques minutes après l'attentat par la police à Éragny, une ville du Val-d'Oise voisine du lieu du drame.

Samuel Paty avait, le , montré deux caricatures de Mahomet issues de Charlie Hebdo lors d'un cours d'enseignement moral et civique sur la liberté d'expression, ce qui avait suscité la colère d'un parent d'élève musulman. Ce dernier, ainsi que le militant islamiste radical Abdelhakim Sefrioui, publient les jours suivants sur divers réseaux sociaux des vidéos dans lesquelles ils traitent Samuel Paty de « voyou » et de « malade ». Son nom et l'adresse de l'établissement scolaire où il exerce sont alors divulgués sur ces réseaux.

Les vidéos ainsi diffusées prennent un aspect viral, suscitant de nombreux messages haineux à l'encontre de cet enseignant avant la réalisation de l'attentat. Celui-ci provoque de vives réactions, en France et à l'étranger. De nombreuses manifestations populaires sont organisées en mémoire de l'enseignant assassiné ; un hommage national lui est rendu à la Sorbonne le  ; une minute de silence est observée dans les établissements scolaires le .

Contexte national

Cet acte terroriste survient alors que se tient en France le procès des auteurs de l'attentat ayant visé la rédaction du journal Charlie Hebdo en 2015, dont le prétexte était notamment la publication par ce journal de caricatures de Mahomet. Les caricatures danoises de 2006 viennent en outre d'être republiées par le même journal le [3], ce qui a suscité des appels à représailles provenant du Pakistan[4]. Ces appels se traduisent rapidement à Paris par un attentat le près des anciens locaux de Charlie Hebdo[5].

L'attentat de Conflans-Sainte-Honorine intervient également peu de temps après le discours du président de la République, Emmanuel Macron, sur la lutte contre « les séparatismes », prononcé le aux Mureaux[6], et lors duquel il présente des mesures pour renforcer la laïcité et dénonce « la “radicalisation” de certaines pratiques de l’islam »[7].

L'attaque est la deuxième décapitation commise en France et en Europe depuis l'attentat de Saint-Quentin-Fallavier en 2015, et le sixième attentat islamiste en France depuis le début de l'année 2020[note 1]. Depuis , la France est confrontée à une vague d'attentats sans précédent liés au djihadisme. Le professeur décédé dans cette attaque est, depuis janvier 2015, la 260e victime tuée dans un attentat sur le sol français[8].

Treize jours plus tard, un nouvel attentat islamiste fait trois victimes, à Nice. Un autre attentat islamiste a lieu à Vienne le lundi deux novembre 2020.

Victime

La victime, Samuel Paty, est un professeur d'histoire-géographie né le 18 septembre 1973[9] à Moulins, dans l'Allier. Après des études en classe préparatoire aux grandes écoles dans un lycée lyonnais, à l'université Lumière-Lyon-II puis à l'IUFM de Lyon, il obtient le CAPES d'histoire-géographie en 1997 et est nommé en région parisienne[10]. Il était en poste depuis trois ans au collège du Bois-d'Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine[11],[12].

Selon plusieurs témoignages de ses élèves et anciens élèves, Samuel Paty était un enseignant investi et aimant son métier, soucieux de leur réussite et apprécié par eux[13],[14]. Il était marié[15] et père d'un enfant de cinq ans[16].

Il est fait chevalier de la Légion d'honneur et commandeur des Palmes académiques à titre posthume le , lors de l'hommage national qui lui est rendu à la Sorbonne[17]. Le ministre de l'Éducation nationale annonce que le fils de Samuel Paty obtiendra le statut de pupille de la Nation[18].

Circonstances

Samuel Paty donne le 6 octobre[19] un cours d'enseignement moral et civique (EMC) à des élèves de quatrième sur la liberté d'expression, thème au programme officiel de l'Éducation nationale[20],[21]. Afin d'illustrer son propos[22], il présente deux caricatures de Mahomet issues du journal Charlie Hebdo[23],[24], lesquelles, parmi d'autres, sont en relation avec l'attentat meurtrier contre ce journal en 2015[13]. Selon d'anciens élèves, il faisait cela chaque année[25], sans que cela ne provoque de réactions négatives chez les élèves ou les parents[14],[26].

Une note des Renseignements territoriaux du 9 octobre confirme les témoignages selon lesquels Samuel Paty a préalablement proposé aux élèves qui le souhaitent de détourner les yeux ou de sortir de la classe quelques secondes, en présence d’une auxiliaire de vie scolaire[27],[23]. Dans un message sur les réseaux sociaux, un parent d'élève, Brahim Chnina, a au contraire accusé l'enseignant d'avoir demandé « à toute la classe que les élèves musulmans lèvent la main », parmi lesquels sa fille, puis leur avoir « dit de sortir de la classe », mais le collège confirmera que sa fille était absente pour maladie ce jour-là[28]. Le professeur dément ces affirmations : « j’avais proposé à mes élèves de détourner le regard quelques secondes s’ils pensaient être choqués pour une raison ou pour une autre. À aucun moment je n’ai déclaré aux élèves : “Les musulmans, vous pouvez sortir car vous allez être choqués.” Et je n’ai pas demandé aux élèves quels étaient ceux qui étaient de confession musulmane ». Samuel Paty souligne, en parlant de la fille de Brahim Chnicha, qu'elle a « inventé un récit au travers de rumeurs d’élèves. Il s’agit d’une fausse déclaration dans le but de nuire à l’image du professeur que je représente, du collège et de l’institution »[19],[29].

Le père, sans que l'on sache s'il savait que sa fille mentait ou s'il la croyait, s'élève de manière virulente sur Facebook[23] contre le professeur. Citant sa fille[26],[30], il accuse Samuel Paty d'avoir présenté aux élèves « la photo » d'un homme nu et d'avoir indiqué : « C'est le Prophète ». Le texte qu'il publie sur Facebook exhorte ses « frères et sœurs » à se plaindre au CCIF et à l'administration[31] dont il cite plusieurs échelons.

Au moins deux vidéos sont diffusées sur Internet, traitant le professeur, entre autres, de « voyou » et de « malade »[23]. L'une d'entre elles provient du père de famille qui condamne l'utilisation de ces caricatures en traitant ensuite le professeur de « voyou ». Il accuse à nouveau Samuel Paty d'avoir présenté aux élèves « la photo » d'un homme nu. La vidéo est diffusée le 9 octobre sur les réseaux sociaux, entre autres sur la page Facebook de la mosquée de Pantin[32]. Le responsable de cette mosquée, Mohammed Henniche, indique que la première vidéo du père de famille « est déjà virale dans les milieux musulmans » et « très relayée sur WhatsApp »[32]. Cet élan numérique crée ainsi « un monstre dont le pouvoir de nuisance a dépassé les frontières de Conflans »[33].

L'autre vidéo est enregistrée et diffusée par le militant islamiste radical Abdelhakim Sefrioui[23],[34]. Ce prédicateur s'était rendu dans l'établissement avec le parent d'élève pour parler avec la principale et exiger d'elle[35] qu'elle congédie l'enseignant « sous peine de manifestations »[35]. Ces deux hommes font fortement pression durant plusieurs jours, cherchant à obtenir que l’enseignant soit limogé de l'Éducation nationale[36], venant à de multiples reprises devant le collège pour essayer de mobiliser d'autres parents contre Samuel Paty[23]. Sur les commentaires vidéos sont indiqués le nom du professeur[23], l’adresse de l’établissement et un numéro de téléphone pour prendre directement contact avec le CCIF[23],[31]. Le CCIF dément plus tard « toute participation à la campagne de harcèlement »[37].

Toujours le 8 octobre, ce même parent d'élève porte plainte pour « diffusion d'images pornographiques »[38]. Samuel Paty rencontre le lendemain un inspecteur académique pour que lui soit rappelé les règles de neutralité et laïcité. Il est « conforté dans l’approche qu’il avait eue lors de son cours » [39].

Le même jour, la principale envoie un courrier électronique aux parents pour préciser les circonstances du cours. Elle indique aussi que Samuel Paty et elle-même se tiennent à la disposition des parents « qui souhaitaient revenir sur cette situation ». Le 12 octobre, le parent d'élève publie une nouvelle vidéo sur YouTube. « La principale a fait état d'appels menaçants » par la suite, selon le procureur anti-terroriste[23].

Le 12 octobre, auditionné par la police, Samuel Paty porte plainte à son tour « pour diffamation et dénonciation calomnieuse »[40]. Le professeur est accompagné de la principale lorsqu'il se rend au commissariat[23]et dément à nouveau les accusations de Brahim Chnicha et de sa fille. Ce dernier ne se présente pas à sa convocation par la police le 14 octobre[23][réf. nécessaire].

Dans les jours précédant l'assassinat, le terroriste Abdoullakh Anzorov échange des messages sur WhatsApp avec Brahim Chnina. Il a également des contacts avec un ancien condamné pour « velléités de départ en zone irako-syrienne »[41]. Abdoullakh Anzorov, la fille de Brahim Chnina et le collégien qui identifiera Samuel Paty le jour de l'attentat ont également des échanges sur les réseaux sociaux[42].

Déroulement de l'attentat

Le jour des faits, Abdoullakh Anzorov[11] fait le trajet entre Évreux (où il habite, en Normandie) et Conflans-Sainte-Honorine où se trouve le collège du Bois-d’Aulne. Un ami l'emmène en voiture et Anzorov arrive sur les lieux au début de l'après-midi[41]. Il connaissait le nom de sa cible et celui de son établissement scolaire, mais « n’avait pas de moyens permettant de l’identifier ». Anzorov aborde un collégien vers 14 heures et lui propose 300 à 350 euros pour identifier Samuel Paty. Tous deux attendent près de trois heures, « d’autres collégiens venant par moments se mêler à eux ». Selon les déclarations des collégiens gardés à vue, le terroriste leur aurait raconté qu’il « souhaitait filmer le professeur, l’obliger à lui demander pardon, l’humilier, le frapper ». Vers 17 heures, deux collégiens désignent le professeur qui sort du collège[43]. Selon le témoignage d'autres adolescents, le collégien de 14 ans qui a empoché les 300  et qui avait été en contact avec l’assassin et la fille de Brahim Chnicha les jours précédent l'attentat « savait ce que Samuel Paty risquait »[42].

Le corps de la victime décapitée est découvert vers 17 h, rue du Buisson Moineau à Éragny, près du collège du Bois-d'Aulne, par des policiers municipaux[44]. La police municipale d'Éragny prévient les policiers nationaux[45],[46].

La brigade anti-criminalité (BAC) se rend sur les lieux[47] et identifie un homme équipé d'une arme de poing, rue Roger-Salengro. Malgré les sommations, le suspect refuse de lâcher son arme et court vers eux en criant « Allahu akbar » et en tirant à cinq reprises avec un pistolet à air comprimé airsoft. Les policiers ripostent. L'homme tombe au sol, mais tente de se relever pour donner des coups de couteau aux policiers. Il est abattu. Son corps présente neuf impacts de balles[45],[20]. Un petit couteau[48] (qui ne semble pas être l'arme du crime) est retrouvé sur lui. Un couteau de cuisine de 35 centimètres est ensuite retrouvé près de la victime[49].

Le terroriste utilisait un compte Twitter (@Tchetchene_270) et s'y était déjà fait remarquer pour y avoir publié un photomontage avec décapitation signalé sur la plateforme Pharos dès le 30 août[50]. De plus, Abdoullakh Anzorov a eu connaissance des vidéos réalisées précédemment par le parent d'élève et le prédicateur : il les a relayées sur les réseaux sociaux[51]. Enfin, toujours sur son compte Twitter, l'assassin revendique son meurtre au nom de Mahomet et diffuse une photo de la tête de la victime (le compte et les tweets ont été supprimés depuis[1],[50]). Le message s’adressait à « Macron, le dirigeant des infidèles », avant de poursuivre : « J’ai exécuté un de tes chiens de l’enfer qui a osé rabaisser Muhammad ﷺ, calme ses semblables avant qu'on ne vous inflige un dur châtiment… »[1],[50],[52].

Enquête

Auteur

Abdoullakh Anzorov
Terroriste islamiste
Information
Nom de naissance Abdoullakh Abouyezidovitch Anzorov (en russe : Абдуллах Абуезидович Анзоров)
Naissance
Moscou (Russie)
Décès (à 18 ans)
Éragny (France)
Cause du décès Abattu par la police
Nationalité Drapeau de Russie Russe
Idéologie Salafisme djihadiste
Attentats Attentat de Conflans-Sainte-Honorine
Victimes 1 mort

Selon des papiers d'identité retrouvés sur lui, le terroriste, âgé de 18 ans, est rapidement identifié comme un citoyen russe d'origine tchétchène, né en 2002 à Moscou, et détenteur du statut de réfugié de par ses parents[53],[54]. Il était inconnu des services de renseignements[20], mais connu des services de police pour des faits de dégradations de biens publics et de violence en réunion lorsqu'il était encore mineur[55]. Résidant à plus de 80 km de Conflans-Sainte-Honorine, à Évreux, dans l'Eure, il n’était pas élève au collège du Bois-d'Aulne ou dans un établissement voisin[56].

Il est assisté de trois amis : une jeune fille âgée de 19 ans est soupçonnée d’avoir accompagné le tueur à Rouen, la veille du meurtre, pour l’achat d’un couteau, retrouvé à proximité du lieu du crime ; une autre âgée de 18 ans l'a accompagné dans la coutellerie, puis véhiculé dans deux magasins d’Osny, où il a acheté deux pistolets AirSoft ; un autre de ses amis est soupçonné de l'avoir également aidé[19]. Selon des éléments de l'enquête rapportés par Le Parisien, la radicalisation islamiste d’Abdoullakh Anzorov « n’était ni silencieuse ni soudaine », celle-ci s'étant manifestée par un prosélytisme auprès de sa famille, un rejet des femmes, l'envoi de messages faisant l’apologie du djihad, et des contacts avec la Syrie[19]. Anzorov envisageait une émigration en pays musulman, la hijra[57]. Malgré son basculement ostensible dans l’islamisme radical depuis 6 à 12 mois, il est resté inconnu des services de renseignement, n’étant ni « fiché S », ni surveillé[19].

Avant l'attentat, il entre en communication avec deux djihadistes non identifiés en Syrie, dont un russophone, localisés grâce à leurs adresses IP à Idleb. Cette ville est le dernier bastion djihadiste du pays, essentiellement sous le contrôle de l'organisation Hayat Tahrir al-Cham, dissidente d'Al-Qaïda, et avec une présence clandestine de l'État islamique en conflit avec Hayat Tahrir al-Cham. De nombreux combattants étrangers sont présents dans cette zone dont des milliers de Tchétchènes[57],[58]. Il revendique l'attentat juste après celui-ci dans un message audio en russe où il dit être prêt à être un « martyr », avoir « vengé le prophète » de Samuel Paty qui l'aurait « montré de manière insultante ». Dans une vidéo diffusée entre autres sur Instagram, il fait référence à l'État islamique[59],[58]. Pour sa part, Hayat Tahrir al-Cham nie toute responsabilité dans l'attentat[60].

La famille d'Abdoullakh Anzorov dit ne pas comprendre son action. Son père, travailleur de nuit, « semble avoir perdu le contrôle de son adolescent ». Abdoullakh Anzorov montrait de manière récente des signes de radicalisation. Il avait ainsi publié le 30 août sur son compte Twitter créé le 8 juin, « un photomontage mettant en scène la décapitation d’un homme ». Ce compte avait été signalé à la plateforme Pharos, sans aboutir à un ciblage[41]. Le 13 septembre 2020, il s'était fait remarqué en publiant un « thread » sur son compte twitter dans lequel il dénonçait « la mécréance de l'état saoudien, de ses dirigeants, ainsi que tous ceux qui les soutiennent » : il y qualifiait notamment l’ONU, l'UNESCO, l'OMC, le Conseil de coopération du Golfe et la Ligue arabe d'« idoles adorées en dehors d’Allah »[61]. Alors qu'il montrait déjà des signes de radicalisation, Anzorov avait fait deux demandes de formation auprès du Conseil national des activités privées de sécurité qui avaient été refusées « en raison de son implication dans des faits de violences ». Les enquêteurs ne savent pas si ces demandes avaient été faites pour pouvoir accéder à des sites sensibles[62].

Investigations

Le Parquet national antiterroriste a ouvert une enquête pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle ». Le service régional de police judiciaire de Versailles, la sous-direction anti-terroriste (SDAT) et la direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) sont chargés de l'enquête[20].

Le ministre de l'Intérieur active la cellule interministérielle de crise (CIC) place Beauvau où s'est immédiatement rendu le président de la République, avant sa visite sur les lieux de l'attentat[63].

Quatre personnes sont placées le soir même en garde à vue[64]. Elles font partie de l'entourage familial immédiat de l'assaillant : ses parents, son grand-père, son frère cadet âgé de 17 ans. Le lendemain cinq autres personnes sont également placées en garde à vue[65]. Elles font partie de l'entourage non familial de l'agresseur. Parmi ces gens figurent le parent d’élève auteur de la première vidéo ainsi que Abdelhakim Sefrioui, un « vieux routier de l'islamisme radical »[66]. Le procureur anti-terroriste déclare que la demi-sœur du parent d'élève avait rejoint Daech en Syrie[23].

Le 21 octobre, sept personnes sont présentées à un juge antiterroriste, dont le parent d’élève Brahim Chnina, le militant Abdelhakim Sefrioui, deux mineurs soupçonnés d’avoir reçu de l’argent du terroriste pour identifier la victime et trois amis de l’assaillant qui s’étaient livrés spontanément, l’un qui l'aurait conduit sur place et un autre qui l'aurait accompagné pour l’achat d’une arme qui a servi pour l'attentat[67]. Selon le procureur national antiterroriste, il y a un « lien de causalité évident » entre la campagne de dénigrement lancée par Brahim Chnina contre Samuel Paty et sa décapitation. Samuel Paty a « nommément été désignée comme une cible sur les réseaux sociaux » à cause d'une « réinterprétation » de la polémique dans le but de l’instrumentaliser[43]. Brahim Chnina, Abdelhakim Sefrioui et deux jeunes femmes ayant aidé Anzorov sont mis en examen pour « complicité d’assassinat terroriste » et une troisième relation pour « association de malfaiteurs terroriste en vue de commettre des crimes d’atteintes aux personnes ». Tous sont placés en détention provisoire, sauf Brahim Chnina, qui a toutefois été incarcéré dans l’attente d’un débat sur cette question[19]. Deux collégiens, âgés de 14 et 15 ans, sont accusés d’avoir désigné l’enseignant en échange d’une « somme de 300 ou 350 € » et sont mis en examen pour « complicité d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et placés sous contrôle judiciaire[19].

Le mardi 03 novembre 2020, sur commission rogatoire des juges antiterroristes, la Direction générale de la sécurité intérieure interpelle trois personnes suspectes, deux jeunes hommes âgés de 18 ans et une jeune femme de 17 ans en Haute-Marne et en Haute-Saône[68].

Réactions

En France

Pouvoirs publics

Hommage à Samuel Paty à Saint-Denis le 17 octobre 2020.

Le président de la République, Emmanuel Macron, se rend le soir même sur les lieux de l'attentat, devant le collège de Conflans-Sainte-Honorine. Il déclare alors : « Un de nos concitoyens a été assassiné parce qu’il enseignait, apprenait à ses élèves la liberté d’expression, de croire ou ne pas croire. Notre compatriote a été la victime d’un attentat terroriste islamiste caractérisé (…) Il n’y a pas de hasard si ce soir c’est un enseignant que ce terroriste a abattu parce qu’il a voulu abattre la République dans ses valeurs. Les Lumières, la possibilité de faire de nos enfants, d’où qu’ils viennent, qu’ils croient ou qu’ils ne croient pas, quelle que soit leur religion, d’en faire des citoyens libres. Cette bataille c’est la nôtre et elle est existentielle ». Il ajoute : « (…) tous et toutes, nous ferons bloc. Ils ne passeront pas. L’obscurantisme et la violence qui l’accompagne ne gagneront pas. Ils ne nous diviseront pas. C’est ce qu’ils cherchent et nous devons nous tenir tous ensemble ». Le chef de l'État rend hommage également aux collègues de Samuel Paty, louant notamment la proviseure « qui, avec un courage remarquable ces dernières semaines, a tenu face à toutes les pressions, a exercé son métier, fait son devoir avec un dévouement remarquable »[69],[70].

Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, dénonce une vidéo « mensongère » faite pour « créer du conflit, et à la fin ça a créé une tragédie »[23]. Il annonce par ailleurs que lors de la rentrée scolaire le aura lieu une minute de silence en hommage à Samuel Paty dans toutes les écoles, dans le cadre d'une « séance éducative » et précise que chaque perturbateur sera sanctionné[71].

En séance à l'Assemblée nationale, le jour même, les députés se lèvent pour « saluer la mémoire » de l’enseignant[72]. Après les sénateurs en séance la veille, le , les députés observent une minute de silence sur les marches du palais Bourbon, avant d'entonner La Marseillaise. Une minute de silence est également observée en début de séance l'après-midi. Le président Richard Ferrand y salue la mémoire de Samuel Paty, le qualifiant d'« éclaireur de conscience » et souligne que « la vie d’un professeur est sacrée (…), la liberté de propager le savoir est sacrée, (…) la liberté d’expression, de la presse et des caricaturistes est absolue (…), le modèle de la laïcité à la française constitue un trésor national »[73]. Le , Emmanuel Macron promet que les mesures contre l'islam radical seront intensifiées[74].

Public

Manifestation place de la République à Paris le 18 octobre 2020.
Rassemblement sur la place de la République à Belfort le 18 octobre 2020.

Le , plusieurs dizaines de milliers de personnes forment des rassemblements de protestation contre cet attentat dans plusieurs villes françaises[75]. Le même jour, un grand rassemblement a lieu place de la République à Paris, auquel se joint brièvement le Premier ministre Jean Castex[76].

Une marche blanche en hommage à Samuel Paty se déroule le à Conflans-Sainte-Honorine à partir du collège du Bois-d’Aulne. Les participants, dont de nombreux élus locaux, observent une minute de silence suivie par des applaudissements nourris[73].

Parents d'élèves

Les associations de parents d'élèves ont demandé la défense de la liberté d'expression et de la laïcité[77], la FCPE[78] comme la PEEP[79], mais aussi plus de contrôle des réseaux sociaux[80],[77],[81],[82], en soulignant que ses collègues approuvaient Samuel Paty[82]. Cécile Frattaroli (PEEP) a estimé qu'il faudra « parler des réseaux sociaux et de leurs limites »[77] et Rodrigo Arenas (FCPE) a réclamé que les plateformes internet soient « contraintes d'intervenir, de fermer le compte, signaler l'infraction », quand circulent des vidéos comme celle de Conflans-Sainte-Honorine. Alerté par des parents en province[83], il l'avait signalée à la mairie une semaine avant l'attentat[81],[84],[85], qui lui avait répondu avoir alerté l'Éducation nationale[81], qui « prenait les choses en main »[85]. La FCPE souhaitait une action en justice[86], Corinne Grootaert , présidente départementale, ayant constaté l'écart entre la vidéo et la version du collège, où elle est parente[86] et où enseignants et élèves avaient massivement signalé la vidéo à Facebook[87].

Sondage d'opnion

Selon le résultat d'un sondage d'opinion de l'Ifop[88],[89], 79% des Français interrogés pensent que « l’islamisme a déclaré la guerre » à la France et à la République française » et « 87 % des Français estiment que la laïcité est en danger »,, « 78 % des français [...] trouvent « justifié » que les professeurs utilisent des caricatures moquant les religions dans un cours sur la liberté d'expression »[90],[91],[92], « les personnes interrogées sont 60% à juger que le gouvernement ne met pas en œuvre tous les moyens nécessaires pour lutter contre la menace terroriste »[93]. Sur la question de la dissolution du CCIF, 76% sont favorables.

Monde enseignant

Le SNES-FSU, syndicat majoritaire dans les collèges, a organisé de nombreux rassemblements dans toute la France pour rendre hommage à Samuel Paty et appelé les personnels de l'Éducation nationale à observer une minute de silence[94]. Son secrétaire général Benoit Teste a réclamé « une protection de la part de notre administration »[95]. Plusieurs enquêtes ont montré des professeurs déplorant abandon et manque de courage de leur hiérarchie[96],[97], reproche récurrent depuis deux ans[98]. Sur Europe 1 et RTL, les enseignantes Sophie Mazet, auteure de Autodéfense intellectuelle, et Fatiha Agag-Boudjahlat ont mis en cause le « gros problème » du manque de soutien de la hiérarchie[99] ou « l'immense solitude du professeur »[100],[101].

Partis politiques

Olivier Faure (Parti socialiste) estime le 18 octobre que l'attentat traduit « la volonté de faire obéir la République à un ordre supérieur ». Il ajoute que « nous sommes à un tournant. Notre réaction doit être puissante » et qu'« il faut ouvrir la voie à la dissolution de toutes les associations — parées parfois d’un vernis caritatif — qui se constituent dans le but réel de diffuser et entretenir la haine »[102].

Le , Marine Le Pen (Rassemblement national) se rend à Conflans-Sainte-Honorine pour déposer une gerbe devant le collège de l'enseignant décapité, puis quelques heures plus tard, réclame une « législation de guerre » contre l'islamisme, qui s'inscrive dans une « stratégie de reconquête » républicaine et pas seulement « d'endiguement »[103].

Le même jour, Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) déclare «Je pense qu'il y a un problème avec la communauté tchétchène en France» et demande l'expulsion des Tchétchènes impliqués dans l'« islamisme politique »[104].

Toujours le 19 octobre, Christian Jacob (Les Républicains) déclare qu'« évoquer aujourd'hui l'islamisme radical et le communautarisme en disant qu'il n'y a pas de lien avec l'immigration, c’est se voiler la face ». Il ajoute : « à partir du moment où des individus sont en lien avec des mouvements islamistes qui prônent la haine et la violence, pour ne pas dire le meurtre, qu'est-ce qu'ils font encore sur notre territoire s'ils sont étrangers ? Il ne doit pas y avoir de débat là-dessus »[105].

Une partie de la droite exprime son refus des commémorations, jugées inutiles, et son désir d'action : pour le sénateur Bruno Retailleau (Les Républicains), il faut « des armes, pas des larmes » ; il ajoute : « Les bougies n’arrêteront pas l’incendie, les pleurs ne nous protégeront pas des tueurs islamistes »[106]. Le sénateur ne participe donc pas au rassemblement parisien du , de même que d'autres représentants des Républicains, dont la députée européenne Agnès Evren qui déclare : « Les précédentes marches, je les ai toutes faites, mais ça suffit la compassion ». Les représentants du Rassemblement national décident eux aussi de ne pas prendre part à cette manifestation[106].

Presse

L'hebdomadaire Charlie Hebdo réagit en déclarant que « l’intolérance vient de franchir un nouveau seuil et ne semble reculer devant rien pour imposer sa terreur à notre pays. Seule, la détermination du pouvoir politique et la solidarité de tous mettront en échec cette idéologie fasciste. Cet acte immonde endeuille notre démocratie mais doit nous rendre plus combatifs que jamais pour défendre notre Liberté »[107].

Le magazine L'Express[108] et le magazine Marianne décident en concertation de republier le 20 octobre les deux caricatures présentées par l'enseignant pour réaffirmer le droit à la liberté d'expression. De surcroît, Marianne y ajoute d'autres caricatures de Charlie Hebdo ayant le thème d'autres religions[24].

Le quotidien La Nouvelle République du Centre[109] publie en une le dessin de Cabu Mahomet débordé par les intégristes, une plainte est déposée pour menace (après six posts haineux sur Facebook).

Religieux

Rassemblement interreligieux sur le parvis de la cathédrale de Strasbourg, 22 octobre 2020.

De nombreux imams de la communauté musulmane en France condamnent le meurtre de l'enseignant, appelant à ce que l'islam ne soit pas associé à de tels actes odieux[110],[111]. Le Conseil français du culte musulman (CFCM) condamne « l'horrible assassinat » et le terrorisme qui se revendique de l'islam[112], et distribue un texte auprès des imams du pays pour les encourager à parler de l'attentat, appelant également à ne plus réagir aux caricatures de Mahomet[113].

Le Conseil des mosquées du Rhône condamne dans un communiqué « la haine aveugle » et la « folie meurtrière » et affirme que la religion dont le terroriste « se proclame ne se reconnaît pas en lui ». Les signataires du communiqué, qui viennent d'une trentaine de mosquées, déclarent s'engager « à renforcer l’étude des fondements idéologiques de la pensée extrémiste et le combat contre ceux qui l’alimentent, la nourrissent et la financent ». Le site Saphirnews publie une tribune de 30 imams appelant « la jeunesse musulmane à se diriger vers les imams et théologiens qualifiés, dans leur quête spirituelle, afin de ne pas tomber dans l’obscurantisme »[111].

Dans un tweet, Chems-Eddine Hafiz, recteur de la grande mosquée de Paris, appelle les imams de sa fédération à consacrer leur prêche du vendredi suivant à la mémoire de Samuel Paty et à la lutte contre le terrorisme islamiste[114]. Selon Europe 1, « un peu partout en France », les imams répondent à l'appel du recteur, rendant hommage au professeur d’histoire assassiné[115].

En réponse à l'assassinat de Samuel Patty, le CFCM, principal interlocuteur des pouvoirs publics sur l'islam, organise une réunion le 1er novembre pour discuter de la formation des cadres religieux et d'un plan de lutte contre la radicalisation[116],[117]. Diverses pistes sont étudiées, notamment « mener un travail théologique sur les concepts dévoyés de la religion musulmane » et « faire un travail collégial sur le prêche du vendredi afin de diffuser une parole forte des cadres religieux portée par les imams »[118].

À l'étranger

Le Haut Représentant des Nations Unies pour l’Alliance des civilisations (UNAOC), Miguel Ángel Moratinos, déclare qu'« un crime aussi odieux est injustifiable à tout moment, en tout lieu et par qui que ce soit ». La directrice générale de l’UNESCO, Audrey Azoulay, rend hommage à Samuel Paty[119].

Le , les députés européens en séance à Bruxelles observent une minute de silence à la mémoire de Samuel Paty. En présence de la vice-présidente de la Commission européenne, Margrethe Vestager, le président David Sassoli déclare que la « terreur se combat par l'éducation, par l’enseignement, auquel Samuel Paty croyait »[120].

Dès le 19 octobre, l'attentat figure en première page de plusieurs grands journaux notamment en Allemagne, en Espagne, en Italie, aux États-Unis, au Royaume-Uni. Le journal italien La Repubblica écrit : « nous assistons à un renversement culturel qui censure les enseignants et viole l'autonomie intellectuelle de nos enfants »[121].

Au Liban, pour le journaliste syrien Walid Brakssieh, les réactions de certains musulmans qui soutiennent le terroriste, montrent « à nouveau que le monde musulman et le monde non-musulman deviennent de plus en plus intolérants l'un envers l'autre. Cette idée de l’incompatibilité est applicable à d’autres religions dont on peut dire qu’elles constituent un obstacle à l’évolution de l’humanité après avoir été à une époque un facteur de la civilisation humaine à travers sa contribution directe à la formation d'États et d'empires historiques ». Il fait également le parallèle entre la justification de l'attentat avec les justifications de certains occidentaux des crimes de guerre commis par Bachar el-Assad au nom de la lutte anti-terroriste[122].

Ramzan Kadyrov, dirigeant de la république de Tchétchénie qui appartient à la Fédération de Russie refuse tout amalgame et objecte que « un criminel n’a pas de nationalité. Les Tchétchènes n’ont rien à voir là-dedans » mais nuance toutefois son propos en remettant en cause le droit au blasphème français en expliquant que « cette tragédie nous pousse à réfléchir au fait que la société française confond souvent démocratie et permissivité excessive, ou affichage de relations inadmissibles aux valeurs de l’islam ». Pour l’ambassade de Russie en France, « ce crime n’a aucun rapport avec la Russie, car cet individu demeurait en France depuis douze ans et sa famille avait été acceptée par la patrie française »[123].

Dans les jours qui suivent le discours à la Sorbonne du président de la République lors de l'hommage national du 21 octobre à Samuel Paty où Emmanuel Macron promettait de ne pas renoncer aux caricatures, les appels au boycott de produits français se multiplient sur les réseaux sociaux dans plusieurs pays musulmans ou territoires du Moyen-Orient dont le Koweït et le Qatar. L'Élysée dénonce « une campagne islamiste contre la France » menée surtout par des Turcs qui diffusent une « propagande absurde, par exemple que le président a décidé de projeter les caricatures de Mahomet sur les bâtiments publics »[124]. Dans un contexte de relations tendues entre la Turquie et la France, l’Élysée dénonce des propos « inacceptables » du président turc Recep Tayyip Erdogan, qui a mis en question à trois reprises « la santé mentale » d'Emmanuel Macron cause de son attitude selon lui hostile envers les musulmans. Le président Macron rappelle à Paris l’ambassadeur de France, « un acte diplomatique rare ». L'Élysée note également « l’absence de messages de condoléances et de soutien du président turc après l’assassinat de Samuel Paty » le 24 octobre[125]. En retour, le ministère des Affaires étrangères turc rappelle un tweet du 17 octobre de l'ambassadeur de Turquie en France : « Horrifié par le meurtre atroce d'un professeur à Conflans-Sainte-Honorine. Rien ne peut justifier cela. Mes condoléances à ses proches »[126].

Le président russe Vladimir Poutine présente ses condoléances à Emmanuel Macron au cours d'un entretien téléphonique le 20 octobre 2020[127]. Le président américain Donald Trump fait également part de ses condoléances durant un rassemblement de campagne le 17 octobre 2020[128].

Justin Trudeau, premier ministre du Canada, déclare quant à lui le 30 octobre que la liberté d’expression a des limites et qu'elle doit s’exercer dans le « respect pour les autres » et avec le souci de « ne pas blesser de façon arbitraire ou inutile »[129],[130],[131],[132]. Le chef du Bloc Québécois, Yves-François Blanchet, critique les propos du premier ministre « ayant pour effet de réduire la portée de la liberté d’expression et, dans une certaine mesure, de justifier l’assassinat révoltant de l’enseignant français Samuel Paty » et ajoute au nom de son parti : « Nous dénonçons sans équivoque les attaques terroristes perpétrées et nous supportons résolument la France dans sa lutte contre le terrorisme ainsi que dans sa défense de laïcité et de la liberté d’expression »[133]. L'Assemblée nationale du Québec condamne l'attentat et demande aux structures enseignantes et universitaires de respecter une minute de silence[134]. Le premier ministre du Québec, François Legault, affirme aussi être en désaccord avec Justin Trudeau et en accord avec Emmanuel Macron[135]. La différence de réactions entre les politiciens du Canada et du Québec s'expliquerait par une opposition de fond entre le multiculturalisme canadien[136] et l'interculturalisme québécois, lequel favoriserait un rapprochement franco-québécois[137] vu sa filiation sous-entendue avec le républicanisme de France quant aux questions de liberté d'expression et de laïcité.

Apologie du terrorisme islamiste

Plusieurs condamnations, dont des peines de prison ferme, sont prononcées dans les jours qui suivent l'attentat pour apologie du terrorisme sur les réseaux sociaux ou pour avoir diffusé une photo de la victime décapitée[138] ,[139]. Un Russe d'origine tchétchène de 22 ans, déjà condamné pour apologie du terrorisme en 2017 après les attentats de Charlie Hebdo, est arrêté pour apologie d'actes terroristes en ligne ; des armes sont trouvées à son domicile[140].

Rached Khiari, un député tunisien islamiste[141] élu sous la bannière du parti islamiste et francophobe Coalition de la dignité[142], qui « tenait jusqu'en 2019 le site d'information islamiste Al Sada[143] », publie le 17 octobre un message de justification de l'attentat[144]. Le parquet antiterroriste tunisien ouvre une enquête.

Charlie Hebdo constate qu'un « hommage improvisé au terroriste a eu lieu sur Twitter, avec un hashtag spécialement créé ». L'hebdomadaire publie des messages islamistes et écrit qu'Anzorov, ce terroriste islamiste « continue à être célébré dans des tweets en anglais et en arabe comme un martyr ou un héros, et les appels au boycott des produits français se répandent sur le réseau social »[145]. Dans un autre article du même numéro de Charlie Hebdo, Riss écrit : « Depuis l’exécution de Samuel Paty par un islamiste, la France semble traversée par un vent de contestation inédit à l'encontre de la complaisance dont l'islam radical a trop longtemps bénéficié dans certains partis politiques, médias ou institutions de la République »[146]. Pour le docteur en science politique et auteur de deux essais, Nedjib Sidi Moussa, la complaisance envers les islamistes, qui pour lui ne sont « rien d’autre que les représentants de l’extrême droite arabo-musulmane », concerne autant la gauche que la droite[147].

« Dans la campagne internationale de haine contre la France menée par des islamistes[148] », Mahathir Mohamad ancien Premier ministre de Malaisie, écrit le 29 octobre sur twitter et sur son site internet en réaction à l’assassinat du professeur Samuel Paty par un islamiste[149] « les musulmans ont le droit de tuer des millions de Français[150] ». Ces propos « pouvant aisément être interprétés comme une justification de ces barbaries, voire un appel à préparer de nouvelles attaques[151] ».

Lors de l’hommage national le 2 novembre à Samuel Paty dans les établissements scolaires, environ 400 incidents lors de la minute de silence ont été signalés selon le ministre de l’Éducation nationale « dans des formes parfois légères, parfois lourdes ». Sur ces 400, 160 cas de refus de participation ou de perturbation, 150 cas d'apologie du terrorisme, et une centaine plus sérieux ont lieu. Certains impliquent des enfants de huit à douze ans, déclenchant des poursuites pénales pour une dizaine d'entre eux et une « évaluation sociale par les services du département » pour les plus jeunes[152],[153].

Le même jour, le mouvement djihadiste Al-Qaïda au Maghreb islamique publie un communiqué de menace destiné à la France, dans lequel il considère que l'assassin « est un martyr qui a fait son devoir »[154] et une professeure des écoles et conseillère municipale du Val-d'Oise reçoit des menaces de mort[155] porte plainte puis est placée au « niveau 3 » (haut niveau de menace) par le rectorat de Versailles[156].

Mercredi 4 novembre à Poitiers, un demandeur d'asile afghan de 26 ans ayant fait l'éloge de la décapitation de Samuel Paty sur des réseaux sociaux est condamné à 18 mois de prison et d'une interdiction définitive du territoire national français[157].

Début novembre, le responsable religieux palestinien nommé cheikh Issam Amira est convoqué puis banni par la police israélienne en raison d’un sermon violent prononcé le 29 octobre à la mosquée al-Aqsa « dans lequel il a loué le terroriste qui a décapité le 16 octobre le professeur d'histoire, Samuel Paty[158] ».

Après plusieurs attentats islamistes, Jean-Paul Rouiller, expert en terrorisme, estime qu'« on change d’échelle de grandeur avec l’assassinat du professeur Paty. À partir du moment où vous avez cette action qui est commise, on voit sur les réseaux sociaux la machine à propagande de l’État islamique qui se remet en marche comme elle ne l’avait plus fait depuis deux ans »[159].

Appels à la violence et actes anti-musulmans

Au lendemain de l'assassinat de Samuel Paty, des internautes appellent à brûler une mosquée de Béziers, notamment sur Facebook : « Vous voulez rendre hommage à cet enseignant ? Allez cramer la mosquée de Béziers. Faites passer le message qu’il y en a marre ». Les auteurs ont été identifiés et n'habitent pas forcément l'Hérault. Abdallah Zekri, délégué général du Conseil français du culte musulman à Béziers, affirme qu'il s'agit clairement de « groupes identitaires bien connus qui essaient de créer un climat de guerre à Béziers »[160],[161]. A Bordeaux, une mosquée est dégradée par des tags comme « Vive la France », « Mahomet = lâche », et par des croix celtiques et de Lorraine, symboles souvent utilisés par l'extrême-droite[162],[19].

Selon Mediapart, il y a « plusieurs actes anti-musulmans recensés » et « si l’on reste loin du « pic » constaté en 2015, plusieurs enquêtes ont été ouvertes. Certaines de ces affaires semblent émaner de l’extrême droite. ». En plus des affaires déjà mentionnées, deux femmes voilées ont été poignardées près de la tour Eiffel et le portail de la mosquée de Montélimar a été défoncé « et comme après chaque attentat, les lieux de culte musulmans et les croyants eux-mêmes appréhendent d’être victimes d’insultes ou des gestes violents de la part de ceux qui prétendraient se venger des djihadistes »[161]. Selon Cédric Mas, spécialiste terrorisme et société, « les discours provocateurs du gouvernement » ont « attisé les pulsions de la fachosphère islamophobe »[163].

Hommage national

Le 21 octobre 2020, un hommage national est rendu à Samuel Paty à la Sorbonne. Cet hommage qui relève des obsèques nationales a été décidé par décret du président de la République[164]. L'organisation de la cérémonie a été convenue en concertation avec la famille qui avait été reçue la veille à l'Élysée par le président Macron[165]. La remise des décorations a lieu à huis clos avant le début de l'hommage dans la grande cour de la Sorbonne. À l'Élysée, le drapeau est en berne dès le matin même, ainsi que sur l'ensemble des bâtiments publics de France.

En accord avec la famille, la Sorbonne a été choisie de préférence aux Invalides compte tenu des circonstances et en hommage à la profession de Samuel Paty, parce qu'elle est le symbole de l'enseignement et de l'esprit des Lumières[166]. Ce lieu avait déjà été choisi pour un hommage aux victimes du terrorisme. François Hollande s'y était rendu en 2015 pour une minute de silence à la mémoire des victimes des attentats du 13 novembre, parmi lesquelles figuraient beaucoup de jeunes, d'étudiants et d'enseignants[166].

La cérémonie se déroule en présence du président de la République, du Premier ministre et des membres du gouvernement, ainsi que des présidents des chambres parlementaires et de l'ancien président François Hollande. En raison de la pandémie de Covid-19, l'assistance est limitée à 400 personnes. Parmi eux, une centaine d’élèves de différents établissements d’Île-de-France et les représentants du culte musulman en France, le Conseil français du culte musulman (CFCM)[166].

Porté par des gardes républicains, le cercueil du professeur entre dans la grande cour de la Sorbonne au son de la chanson One, du groupe U2[167].

Plusieurs textes sont lus : le texte Aux instituteurs et institutrices de Jean Jaurès, le poème À Samuel, écrit pour la circonstance par Gauvain Sers, et la lettre d’Albert Camus à son instituteur Louis Germain, écrite le jour où il a reçu le prix Nobel de littérature[167].

Emmanuel Macron prononce alors un discours dans lequel il rend hommage à Samuel Paty, réaffirme les valeurs de la République[167] et déclare au sujet des caricatures : « Nous ne renoncerons pas aux caricatures, aux dessins ». À la suite de cela, l'orchestre à cordes de la Garde républicaine enchaîne sur une version non-militaire de La Marseillaise, chantée par le chœur de la Maîtrise de Radio France. Une minute de silence est ensuite observée. Pour terminer, l'orchestre seul joue un mouvement de la symphonie nº 3, K 18 attribuée à Wolfgang Amadeus Mozart.

D'autres hommages et rassemblements ont lieu ailleurs en France, avec, notamment, une projection des caricatures de Charlie Hebdo sur les façades des bâtiments officiels à Toulouse et Montpellier[168],[169],[170].

Actions publiques consécutives à l'attentat

Mesures gouvernementales

Le , l'Élysée annonce que les auteurs de 80 messages de soutien au terroriste signalés par la plateforme Pharos seront contrôlés par la police ou la gendarmerie avec des convocations de leurs auteurs ou des perquisitions. La sécurité des établissements scolaires sera renforcée pour la rentrée du . Gérald Darmanin et Éric Dupond-Moretti annoncent « un plan d'action qui va se mettre en œuvre dès le courant de la semaine et donnera lieu à des actions concrètes contre les structures, associations ou personnes proches des milieux radicalisés » qui répandent des appels à la haine pouvant provoquer des attentats. Le projet de loi sur le séparatisme pourrait être « enrichi » ou « amélioré » et il sera mis en place un « contre-discours » à la propagande radicalisée, le discours d'Emmanuel Macron aux Mureaux avait par exemple été « dévoyé » par certains pays qui en faisaient une « croisade anti-musulmans »[171]. Gérald Darmanin annonce qu'il proposera en Conseil des ministres la dissolution des associations CCIF et de Barakacity afin de lutter contre l'« islamisme rampant », considérant que le CCIF serait « manifestement impliqué » puisque le parent d'élève qui a lancé la première vidéo l'a cité[172],[173]. Le CCIF indique toutefois « aucune action n’avait été entamée » par son équipe, qui en était encore « à l’étape des vérifications d’informations »[173].

Le gouvernement dit aussi réfléchir au remplacement de Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène à la tête de l'Observatoire de la laïcité, à l'initiative de « partisans d’une laïcité de combat, qui voudraient étendre l’exigence de neutralité religieuse à l’espace public », et qui considèrent que la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905 est trop libérale[174]. L'articulation entre laïcité et lutte contre les communautarismes a fait l'objet de plusieurs polémiques au cours des années précédentes, et montre un clivage des positions aussi bien au sein de la gauche — opposant Manuel Valls et ses proches à l'Observatoire — que du parti présidentiel[175].

Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin annonce demander aux préfets de préparer l'expulsion de 231 étrangers qui se trouvent dans le fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste. 180 personnes déjà en prison sont concernées, et 51 autres en liberté devraient être arrêtées[176],[177].

Le 19 octobre, le ministre annonce la fermeture pendant six mois de la mosquée de Pantin (Seine-Saint-Denis), dont l’imam M'hammed Henniche avait relayé sur sa page Facebook une vidéo dénonçant le cours sur les caricatures[178],[179]. Les autorités veulent la fermer pendant 6 mois, considérant la mosquée comme un repaire de la «  mouvance islamiste radicale », ayant des « liens avec le salafisme », fréquentée par « des personnes impliquées dans la mouvance djihadiste » et dont un des imams, Ibrahim Doucouré serait « impliqué dans la mouvance islamiste radicale d’Île-de-France ». Cette décision soulève l'incompréhension des pratiquants qui considèrent que la mosquée n’est pas fréquentée pas des extrémistes, ainsi que du maire de Pantin, Bertrand Kern. Le responsable de la mosquée M'hammed Henniche, évoque « une maladresse » d'avoir relayé la vidéo sans avoir « supprimé ni même modéré l’adresse du collège », ne validant pas le discours du parent d'élève sur les caricatures car ayant craint une « discrimination » « quand les musulmans ont été pointés dans la classe »[180]. Toutefois, pour le secrétaire général de la fédération musulmane de la ville, la fermeture n'est que l'aboutissement d'une dérive imputable à l’entrisme des salafistes, « à qui l’imam principal, lui-même salafiste, a ouvert la porte », aux politiques locaux, « qui ont fait semblant de ne rien voir » et au « manque de courage » et à « l’affairisme » de M'hammed Henniche qui a laissé faire avant de diffuser la vidéo[181].

La préfecture de la Seine-Saint-Denis affirme notamment que l'imam principal de la mosquée de Pantin, Ibrahim Doucouré, a été formé pendant deux ans dans un « institut fondamentaliste » au Yémen. La fédération musulmane de Pantin dépose un recours devant le tribunal administratif pour s'opposer à la fermeture de la mosquée, estimant que « les anciennes et passées fréquentations estudiantines de l’imam Ibrahim Doucouré » ne peuvent justifier cette fermeture. Mais le 27 octobre, le tribunal administratif de Montreuil valide la décision du ministre de fermer temporairement la mosquée[182]. Le tribunal motive son avis en expliquant que l'autorité gestionnaire de la mosquée a failli à son devoir en laissant sous la vidéo incriminée un message d'un internaute dévoilant l'identité de Samuel Paty et son lieu de travail[183].

Le gouvernement annonce un enrichissement des dispositions du projet de loi contre les séparatismes, avec une possible reprise des objectifs du projet de loi contre les contenus haineux sur internet de la députée Laetitia Avia censuré par le Conseil constitutionnel[184],[185]. La ministre Marlène Schiappa réactive le groupe de contact permanent — en sommeil depuis 2019 — afin d'améliorer la réactivité opérationnelle en matière de lutte contre la propagande terroriste sur le Net[186].

Le à Bobigny, le président de la République Emmanuel Macron, qui y présidait une séance de la cellule de lutte contre l’islamisme et le repli communautaire, annonce la dissolution du collectif Cheikh Yassine fondé et animé par Abdelhakim Sefrioui, précisant que d'autres décisions de ce type suivront[73]. Le collectif est dissous le lendemain en Conseil des ministres[187].

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin annonce son intention de proposer la dissolution de l'association Barakacity en Conseil des ministres[188]. La dissolution est prononcée par le président de la République après avis du Conseil des ministres par un décret du 28 octobre 2020[189]. Cette dissolution se fonde sur les dispositions de l’article L. 212-1 du Code de la sécurité intérieure (ex-loi du 10 janvier 1936 sur les groupes de combat et milices privées), et notamment les critères 6° (provocation à la discrimination) et 7° (provocation au terrorisme) [190]. D'après le ministre, cette association « incitait à la haine, entretenait des relations au sein de la mouvance islamiste radicale, se complaisait à justifier des actes terroristes »[191].

Mesures de police et de renseignement

Les services de renseignement et le gouvernement s'inquiètent d'une implication éventuelle dans l'assassinat de Samuel Paty des mouvements se réclamant musulmans, mais jugés islamistes radicaux. Même si aucun « lien direct » n'a été établi, Laurent Nuñez, coordinateur national du renseignement et de la lutte antiterroriste, considère qu'il existe un « lien indirect ». Il déclare : « On voit bien qu'un palier a été franchi ». Pour lui, ces mouvements « minoritaires, cherchent à convaincre les musulmans que la France serait un pays islamophobe. Ils cherchent à les instrumentaliser, à créer un conglomérat. Et au moindre incident, ils se mettent à l’œuvre ». Leur discours s'est amplifié avec « le procès Charlie, la republication des caricatures et le discours du président Macron sur une prochaine loi destinée à renforcer la laïcité et à lutter contre le séparatisme islamiste ». Selon une source proche du gouvernement qui répond à l'AFP, « depuis un mois particulièrement, il y a convergence et mobilisation de trois courants d'islamistes : Les musulmans dirigé par Marwan Muhammad, ancien porte-parole du Collectif contre l'islamophobie en France, le CCIF et Barakacity » qui « ont pris aujourd'hui le lead [la tête] de l'islamosphère, avec une démarche politique, religieuse, radicale, de haine contre la France. Pour eux, la France est un État raciste, islamophobe, le pays impie et mécréant absolu, ils veulent le chaos et la guerre civile pour élaborer un nouvel ordre autour de la charia ». Marwan Muhammad conteste ces accusations déclarant que « notre discours de fond est une déclaration d'amour à la France. Nous ne sommes pas là pour nous opposer à notre pays »[192].

Lundi 19 octobre 2020, après une perquisition dite administrative[193], Bilal Righi, président de l’association caritative[194] Ummah Charity est placé en garde à vue pour avoir lancé une cagnotte de soutien à Brahim Chbina, père d'élève qui menait campagne contre Samuel Paty[195].

Une enquête est ouverte au sujet du site néo-nazi Démocratie participative, lequel avait diffusé les images de la victime décapitée. Une plainte a été déposée par l'Association française des victimes du terrorisme pour « publication incitant au terrorisme ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine »[196].

Polémique sur l'attitude des pouvoirs publics avant l'attentat

Positions du monde enseignant

Dans une enquête de BFM, des enseignants évoquent un abandon de leur hiérarchie, parmi lesquels Sophie Mazet, professeur d’anglais en Seine-Saint-Denis, autrice de Autodéfense intellectuelle, le retour, ou Benoît Teste, secrétaire général du syndicat SNES FSU, qui réclame « une protection de la part de notre administration »[197]. Une enquête de 20 Minutes rapporte un sentiment de solitude face aux contestations[198] et des enseignants déplorant ne jamais avoir été soutenus par l’Éducation nationale[198].

Positions des partis politiques

Au plan politique, Marine Le Pen demande, dans une allocution solennelle, une commission d'enquête parlementaire, pour savoir, entre autres, si Samuel Paty a « pu être abandonné par sa hiérarchie »[199] et Jean-Luc Mélenchon juge « inadmissible » que « pendant plus d'une semaine, on a pu menacer cet enseignant et cette école sans qu'il ne se passe strictement rien »[200].

Mise en cause du Rectorat

Le communiqué du Rectorat affirmant son soutien « concret et constant dès le début » à l'enseignant assassiné est mis en doute par des parlementaires d'autres partis, selon d'autres médias[201],[202]. Chantal Jourdan (PS) dénonce « l’incertitude d’être soutenus par leur hiérarchie face à des menaces répétées »[201] et Patrick Hetzel (LR) que tout n'a pas été fait pour assurer sa sécurité, car la proviseure l'ayant accompagné au commissariat aurait du porter plainte au nom de l'État[202]. Elle n'aurait pas dû non plus recevoir l'islamiste radical Abdelhakim Sefrioui, selon Fatiha Agag-Boudjahlat[203], mais Philippe Vincent, du syndicat des proviseurs (SNPDEN-UNSA), conteste qu'un proviseur n'ait pas le droit de recevoir des parents non-élus et souligne que des inspecteurs peuvent se déplacer sans rapport écrit du proviseur[204],[205]. Après un échange entre l'inspection académique et le père d'élève, « dans un souci d'apaisement »[206], la proviseure avait reçu ce dernier le 8 octobre, mais après l'avoir fait attendre 45 minutes, ce dont s'est plaint Abdelhakim Sefrioui, dans une vidéo[207], où il répand la rumeur, ensuite fermement démentie après l'assassinat[206], que le rectorat pourrait « sévir » contre Samuel Paty[208]. Le 9 octobre, l'inspection était venue au collège[208], et un email avait été envoyé aux parents pour mentionner que le professeur s'était excusé[208].

Selon Checknews de Libération, suite à un « amalgame à partir d’une note des renseignements », « la rumeur d'une menace de sanction contre le professeur tué a été montée en épingle par l'extrême droite, qui s'appuie sur une vidéo du militant Abdelhakim Sefrioui ». À la demande s'il y a eu lieu « un signalement contre M. Paty », Jean-Michel Blanquer répond que « les référents sont venus, et tant mieux » et qu' «il y a eu soutien complet du professeur»[209].

Mise en cause du Renseignement

La coordination entre les antennes du Renseignement territorial (RT) est aussi mise en cause, car une note signalant le rôle actif d'Abdelhakim Sefrioui[210], suivi par l’antenne RT de l’Essonne[210], « dans la montée de la tension »[211] a été transmise à la centrale, « qui aurait dû faire redescendre les infos »[210]. Selon une enquête de Médiapart, Loïc Kervran (LREM), de la délégation parlementaire au contrôle des services de renseignement estime qu'il faut « regarder comment resserrer les mailles du filet »[212], souci partagé par les autres partis[212]. Pour le socialiste David Habib, autre député connaisseur ce milieu, « les liens entre ce père de famille et ce prédicateur auraient dû être vérifiés, il s’agit d’une défaillance »[212].

Analyse

Selon Marc Hecker, chercheur à l’Institut français des relations internationales et spécialiste du terrorisme, qui analyse l'attentat du 29 octobre 2020 à Nice, celui devant les anciens locaux de Charlie Hebdo le 25 septembre et celui de Conflans-Sainte-Honorine, « la recrudescence de ces dernières semaines est très probablement liée au procès Charlie Hebdo et à la republication des caricatures, qui a suscité de fortes réactions dans la djihadosphère »[213].

Le bureau de l'Alliance des civilisations des Nations unies a publié deux déclarations. La première exprime les condoléances du Haut Représentant de l'Alliance, Miguel Ángel Moratinos, et souligne que « ce crime odieux est injustifiable, quels que soient le moment, le lieu et l'auteur ». Dans la deuxième déclaration, le Haut Représentant fait savoir que « la liberté de religion ou de conviction et la liberté d'expression sont des droits interdépendants, liés entre eux et se renforçant mutuellement, qui trouvent leur origine dans les articles 18 et 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Le maintien et la protection de ces droits fondamentaux sont la responsabilité première des États membres. Dans le même temps, la liberté d'expression doit être exercée de manière à respecter pleinement les croyances et les principes religieux de toutes les religions. Il réaffirme que les actes de violence ne peuvent et ne doivent être associés à aucune religion, nationalité, civilisation ou groupe ethnique. Dans le même temps, la violence ne peut et ne doit jamais être une réponse justifiable ou acceptable à des actes d'intolérance fondés sur la religion ou la croyance ». Il rappelle en outre « que la lutte contre les discours de haine ne signifie pas la limitation ou l'interdiction de la liberté d'expression. Cela signifie qu'il faut empêcher le discours de haine de se transformer en quelque chose de plus dangereux, en particulier l'incitation à la discrimination, à l'hostilité et à la violence, qui est interdite par le droit international », et « que nous devons rejeter et nous dresser contre ceux qui invoquent faussement et trompeusement la religion pour obtenir des avantages politiques, créer des idées fausses, alimenter la division et répandre la peur et la haine »[214],[215].

Notes et références

Notes

  1. 3 janvier à Villejuif (un mort, deux blessés) ; 5 janvier à Metz (attaque contre des policiers) ; 4 avril à Romans-sur-Isère (deux morts, cinq blessés) ; 27 avril à Colombes (3 motards policiers blessés) ; 25 septembre à Paris, près des anciens locaux du journal Charlie Hebdo (deux blessés).

Références

  1. a b et c « Conflans Saint-Honorine : un enseignant décapité pour avoir montré les caricatures de Mahomet en classe », sur La Voix du Nord, (consulté le 16 octobre 2020).
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  204. "Samuel Paty : un syndicaliste dénonce des "contre-vérités" sur l’Éducation nationale, interview sur RTL [20]
  205. "ce qui est évidemment contraire aux relations que nous avons avec notre institution et les corps d'inspection", dit-il
  206. a et b Dépêche AFP dans L'Express du 19 octobre 2020 [21]
  207. vidéo du 12 octobre, analysée dans une enquête de Arrêts sur images le 17 octobre 2020 [22]
  208. a b et c "Conflans: une note du renseignement retrace la chronologie des jours précédant l'attaque" par Willy Le Devin dans Libération du 17 octobre 2020 [23]
  209. Samuel Paty était-il sur le point d'être sanctionné par la rectrice de l'académie de Versailles ?, Libération, 18/10/2020
  210. a b et c "Attentat de Conflans : des échanges entre l’un des pères de famille et le terroriste" par Emmanuel Fansten et Willy Le Devin, dans Libération le 20 octobre 2020 [24]
  211. "Conflans : le rôle d'un agitateur radicalisé pointé du doigt" par Aziz Zemouri, le 17/10/2020 dans Le Point [25]
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  215. « A Call for Mutual Respect », (consulté le 1er novembre 2020) Religious incitement not helpful.

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