Un logo utilisé par les adeptes de QAnon.

QAnon (/kjuːəˈnɒn/) est une mouvance venue des États-Unis regroupant les promoteurs de théories du complot selon lesquelles une guerre secrète a lieu entre Donald Trump et des élites implantées dans le gouvernement (l'État profond ou Deep State), les milieux financiers et les médias, qui commettraient des crimes pédophiles et sataniques[1]. La mouvance se concentre autour des messages publiés sous un pseudonyme, Q, à partir d', sur le forum anonyme 4chan[2] puis sur le forum anonyme 8kun.

Diverses théories et allégations de pratiques criminelles émergent au sein de la mouvance[3]. L'une des théories les plus sensationnelles serait que l'abus d'enfants dont les élites, en particulier des vedettes d'Hollywood et des personnalités du Parti démocrate, se rendraient coupables, viserait à récupérer du sang de ces enfants pour en extraire une substance qu'elles considéreraient comme une cure de jouvence, l’adrénochrome[4],[5]. D'autres théories en émergent pour expliquer des événements politiques américains, comme l'enquête du procureur spécial Robert Mueller sur la possibilité d'une collusion de la campagne et/ou de l'administration Trump avec la Russie : cette enquête aurait selon certains été montée de toutes pièces par Trump qui aurait feint une telle collusion afin de permettre à Mueller de se joindre à lui pour mettre au jour une conspiration pédophile et prévenir un coup d'État par Barack Obama, Hillary Clinton et George Soros[6].

En mai 2019, une note interne du FBI appelle à surveiller la mouvance comme source potentielle de terrorisme intérieur[7],[8].

Le « complot »

Le discours conspirationniste diffusé principalement par des supporters de Trump se désigne lui-même comme « la Tempête » (The Storm) ou « Le Grand Éveil » (The Great Awakening) — un vocabulaire emprunté aux concepts religieux du millénarisme et de l'Apocalypse —, ce qui lui donne les apparences d'un mouvement religieux en émergence[9],[10],[11]. Ce discours a été décrit comme relevant d'« une conception paranoïaque du monde[12] » et ses adhérents comme appartenant à une secte complotiste démente[13]. Selon un observateur extérieur :

« Il existe une cabale mondiale de pédophiles adorateurs de Satan qui contrôlent le monde. Ils contrôlent les politiciens, ils contrôlent les médias. Ils contrôlent Hollywood. Et ils auraient continué à contrôler le monde s'il n'y avait pas eu l'élection du président Donald Trump. Maintenant, selon ce discours complotiste, Donald Trump est au courant des agissements de cette cabale. Et il a été élu pour mettre un terme à leurs agissements. Or, sans le travail de Q, nous ignorerions tout de cette bataille menée en coulisse par Donald Trump[14]. »

Les adeptes de QAnon croient aussi que, lors de l'arrivée de « la Tempête », l'armée américaine prendra le contrôle du pays et que des milliers de membres de la « Cabale » seront arrêtés et exécutés pour leurs crimes ou envoyés à Guantanamo, où ils seront jugés par des tribunaux militaires[14]. Ainsi, Q serait la branche « communication » de ce projet de restructuration des États-Unis, contournant les médias traditionnels pour informer les initiés directement sur 8kun, tandis que Donald Trump informe le grand public de manière plus lente et progressive sur Twitter.

Selon le journaliste Jordan Weissmann du magazine Slate, « ce qui est inquiétant dans QAnon, ce n'est pas qu'un groupe d'Américains croient à un complot ridicule, mais qu'ils s'attendent à ce que Donald Trump fasse arrêter l'ensemble de ses opposants[15] ».

Origine, thèmes et méthode

Origine du nom

Dans la foulée du Pizzagate, une théorie du complot d'après laquelle il existe un réseau de pédophilie autour de John Podesta, alors directeur de campagne d'Hillary Clinton[16], un auteur anonyme du nom de Q a commencé, le 28 octobre 2017, à publier des messages sur le forum anonyme américain 4chan. Il passe ensuite sur 8chan, et à la fermeture forcée de ce dernier site, s'établit sur la nouvelle version, 8kun, où il continue de publier à ce jour. Ses messages sont authentifiés, car un code unique (« tripcode ») est attribué aux participants qui le souhaitent[17],[18].

Les messages anonymes sont présentés en format image jpg, ce qui leur donne un aspect lapidaire et rend difficile la copie de mots ou de phrases. Ils consistent en alertes sur un prétendu complot organisé par « l'État profond » contre le président Trump. Ces déclarations énigmatiques sont signées par un certain Q, lettre censée désigner un niveau d'habilitation du ministère de l'Énergie des États-Unis[19].

Quant au terme QAnon, il est formé par la combinaison de la lettre Q et de l'abréviation du mot Anonymous. Le mot désignait d'abord l'auteur des prophéties[pas clair], mais en est venu par métonymie à désigner également sa théorie du complot ainsi que la communauté qui en discute, quoique celle-ci soit aussi souvent désignée comme des Anons (pour « Anonymes »)[20]. L'identité et le statut réels de Q, supposé être un fonctionnaire — ou un groupe de fonctionnaires — haut placé, ne sont pas connus, mais font l'objet de spéculations chez les Anons qui veulent croire à son autorité.

Thèmes

Premier message de Q sur le forum à image /pol/ sur 4chan.

Le premier message annonce l'extradition de HRC (Hillary Rodham Clinton) au cas où elle aurait quitté le pays. Dans un autre message, Q prétend que le président de la Corée du Nord, Kim Jong-un, est une marionnette installée par la CIA[21].

Souvent, les messages de Q sont plus cryptiques et plus vagues, ce qui permet à ses sympathisants d'y retrouver leurs propres croyances[22]. Les messages sont souvent écrits sous la forme de séries de questions énigmatiques, par lesquelles Q incite les Anons à faire leurs propres recherches :

« Who controls the narrative?
WHO wrote the singular censorship algorithm?
WHO deployed the algorithm?
WHO instructed them to deploy the algorithm?
SAME embed across multiple platforms.
Why?
Why is the timing relevant?
Where is @Snowden?
[23] »

Commentant les interminables discussions que des questions de ce genre ont engendrées chez les Anons, l'écrivain Walter Kirn estime que Q a parfaitement compris que « le public Internet ne veut pas lire mais écrire ; il ne veut pas des réponses mais des questions ; il veut être envoyé en mission[23] ». Kirn n'exclut pas la possibilité que Q « soit installé à la Maison-Blanche afin d'informer les humbles geeks sur les intrigues mondiales [et] créer un filtre mental qui leur fera paraître les échecs de Trump comme des victoires, ses faux pas comme des coups aux échecs et ses caprices comme des plans[23] ». Q vise d'ailleurs à éroder chez ses partisans toute possibilité de vérification factuelle en affirmant que « la désinformation est réelle et nécessaire[24] ».

Méthode

L'immense majorité des affirmations et prédictions de Q relèvent de la pure fabrication : par exemple, prétendre que Kim Jong-un est sous le contrôle de la CIA ou que des membres importants du Parti démocrate sont sous mandat d'arrêt et doivent porter un bracelet de surveillance électronique à la cheville. Toutefois, la fausseté des prédictions n'a pas empêché cette mouvance complotiste de rallier toujours plus de fidèles[25]. Selon Tristan Mendès France, ses partisans mettent souvent en avant le feeling, l'intuition, le ressenti, ce qui leur permet de remettre en cause toute autorité et toute expertise — puisque la réalité correspond en fait à ce que l'on ressent — et ils créent ainsi « une sorte d'univers alternatif » dans lequel tout devient possible. Le mouvement devient ainsi, toujours selon T. Mendès France, « une espèce d'éponge à complotisme », sans que les personnes qui se réclament de QAnon partagent pour autant les mêmes croyances — hormis un petit noyau de thèses fondamentales, dont le complot autour d'un réseau pédophile et satanique, mentionné dans l'introduction. Il n'y a donc pas de réel corpus d'idées partagé par les QAnonistes, et donc « pas de limite aux théories complotistes qui peuvent être portées par cette mouvance »[26].

La brièveté et l'ambiguïté des messages ont aussi une dimension ludique, les Anons étant invités à résoudre des énigmes et à connecter ces miettes d'informations (« crumbs ») à des discours et à des tweets de Trump[27] en recourant aux procédés habituels de l'interprétation allégorique : correspondance entre une lettre (Q) et un chiffre (17), emploi d'un mot pour en désigner un autre — (en)« cheese (is a codeword) for little girl »[28] —, coïncidence de date, etc.

Une menace potentielle

Selon une vidéo diffusée par un croyant, la bataille entre Trump et la « Cabale » est de proportions bibliques et se ramène à un combat du bien contre le mal[15].

Comme le note la spécialiste des médias et de la désinformation Renee Diresta, la structure hiérarchique et le mystère qui entoure Q donnent à ce groupe les caractéristiques d'une secte. Q déclare aux nouveaux membres qu'ils ont été « choisis pour servir leur patrie » sur « le champ de bataille numérique (the digital battlefield)[29]. » Les croyants (Anons), qui brandissent souvent comme symbole distinctif la lettre Q — taillée dans le drapeau américain ou affichée sur leur téléphone —, ont la conviction d'être engagés dans une croisade et d'avoir accès à des informations réservées aux initiés et compréhensibles par eux seul. Ils rejettent toute critique venant de l'extérieur et particulièrement des médias et se donnent pour tâche de décrypter les messages de Q et de répandre leur foi. En se renforçant mutuellement dans leurs convictions, certains adhérents en arrivent à se radicaliser[30].

Pour encore accentuer cette radicalisation, Q incite ses partisans à « prêter le serment de soldat numérique virtuel » (digital soldiers oath), une métaphore qui risque de faire basculer du discours à l'action violente[31].

Poussés par les messages guerriers diffusés par QAnon, plusieurs partisans sont déjà passés à l'acte. Le groupe Children’s Crusade (« Croisade pour les enfants ») cherche à libérer les enfants pris dans des réseaux pédophiles et encourage des parents à kidnapper leurs enfants dont ils n'ont pas la garde ou à tirer sur les services de protection de l'enfance s'ils viennent dans leur maison[28]. Divers épisodes de violence, y compris un meurtre à New York[3], ont amené le FBI à déclarer QAnon comme une menace terroriste potentielle dans son bulletin du 30 mai 2019[7],[32],[8]. Depuis cette date, la liste des actes violents reliés à cette mouvance n'a pas cessé de s'allonger[33].

Orientation politique et opinion publique

La majorité des médias catégorisent les théories soutenues par le mouvement comment étant de droite[34] ou d'extrême droite[35],[36]. Donald Trump, qui est souvent au centre des théories et y est dépeint comme un héros, a soutenu implicitement le mouvement en partageant des tweets de personnes participant à la mouvance, et quelques candidats électoraux du Parti républicain américain qui soutiennent le mouvement pourraient être élus au Congrès en 2020[35]. Pour les politologues Joseph Uscinski, Casey Klofstad et Justin Stoler, spécialistes des théories du complot et de l'extrémisme en ligne, l'attrait des théories de QAnon ne serait pas basé sur la politique traditionnelle gauche-droite, mais sur le dédain intense que certaines personnes ressentiraient à l'égard de l'ordre politique établi[34]. Les croyances dans les théories de Qanon seraient donc mieux expliquées par des visions conspirationnistes du monde, qui en elles-mêmes ne sont pas corrélées à une orientation politique[35]. Par ailleurs, ces croyances expliqueraient que de nombreux adeptes affichent en ligne leurs fantasmes de violence et de changement systémique radical par le recours aux armes ainsi que la terminologie militaire utilisée par les candidats politiques américains qui soutiennent le mouvement[34]. Un observateur de la mouvance la caractérise comme une nouvelle forme de nazisme[37].

Selon un sondage d'août 2019, 5 % des électeurs américains croient aux affirmations du mouvement, et 22 % n'y croient pas ; le reste des électeurs n'en aurait pas entendu parler ou serait incertain. Parmi les électeurs affiliés à un parti, 6 % des partisans des Démocrates et 6 % des partisans des Républicains croiraient en des théories de la mouvance, contre seulement 2% des Américains sans affiliation partisane[38],[35].

Un sondage de mars 2020 sur la connaissance des théories et du mouvement indique que 75 % des Américains n'en avaient pas entendu parler, 20 % en avaient un peu entendu parler, et 3 % en avaient beaucoup entendu parler. Le groupe qui en avait le plus souvent entendu parler était les démocrates idéologiquement libéraux (39 %), et ceux qui en avaient le moins entendu parler étaient les républicains idéologiquement modérés ou libéraux (12 %). Les Américains sans affiliation partisane ou idéologique se situaient dans la moyenne à 23 %. La connaissance du mouvement et de ses thèses était très liée aux sources d'informations des sondés, variant de 59 % pour ceux dont la source principale d'informations était le New York Times à 8% pour ceux qui s'informaient principalement en regardant ABC, et dans la moyenne pour ceux s'informant principalement sur les réseaux sociaux (25%). Ce dernier résultat varierait en fonction des réseaux sociaux consultés, allant de 20% pour Instagram à 47% pour Reddit, YouTube se situant entre-deux à 32%. Les Américains disant suivre de près l'actualité politique seraient plus nombreux que la moyenne à en avoir entendu parler (43%)[39].

Selon un sondage de juin 2020, parmi les sondés qui avaient un avis, le sentiment de favorabilité moyen vis-à-vis de la mouvance était de 24 sur une échelle de 100, avec les partisans démocrates à 25 et les partisans républicains à 26. L'affiliation partisane n'expliquerait ainsi que peu le soutien à cette théorie. En revanche, il y aurait une différence marquée de soutien entre les sondés qui souscrivaient moins que la moyenne à une vision conspirationniste du monde et ceux qui y souscrivaient plus que la moyenne. Les premiers avaient un sentiment de favorabilité de 18 sur 100, avec les Républicains à 18 et les Démocrates à 19. Les seconds exprimaient un sentiment de favorabilité de 31 sur 100, avec les Républicains à 32 et les Démocrates à 30 en moyenne. Ainsi, les personnes qui ont tendance à interpréter les évènements et les phénomènes comme résultant de complots secrets étaient les plus enclins à soutenir QAnon, indépendamment de leur affiliation partisane[34].

Un sondage d'octobre 2020 place à 6 % la proportion d'Américains soutenant les théories du mouvement et 62 % la rejetant. 20 % n'en auraient jamais entendu parler et 12 % seraient incertains. Les partisans démocrates seraient très peu nombreux à soutenir la théorie, avec seulement 1%, contre 13% des partisans républicains et 6% des indépendants[40],[41].

Dans deux sondages quasi identiques menés en Floride en 2018 et 2020, environ 40 % des sondés n'avaient pas d'opinion, et parmi les autres le mouvement était très impopulaire, la moyenne du sentiment de favorabilité des sondés étant de 24 sur une échelle de 100, plaçant le mouvement Qanon juste au-dessus de Fidel Castro, la figure la moins populaire. Les différences entre démocrates et républicains étaient faibles, les partisans démocrates exprimant un sentiment de favorabilité en moyenne à 22 et les partisans républicains en moyenne à 27[42],[34].

Influence

Le vice-président Mike Pence avec des policiers du SWAT dont l'un porte un patch « Q ».

Dès le 28 janvier 2020, alors que seulement deux cas de covid-19 avaient été signalés aux États-Unis, des membres influents de la mouvance recommandent de boire du MMS, solution d'eau de Javel présentée comme une eau miraculeuse, afin de se protéger du Covid-19[43], suggestion qui sera reprise par Donald Trump en avril 2020[44].

Certains messages, ou « drops », ne sont pas signés Q mais Q+. Ils seraient écrits par Donald Trump lui-même. Les commentaires ou actions de Trump sont souvent présentées comme des preuves qu'il est au courant de l'existence de Q et qu'il soutient son action[45]. ` Au cours de l'été 2018[46], des partisans de QAnon commencent à afficher publiquement leur appartenance en brandissant la lettre Q dans des meetings du président Trump. Le de la même année, l'un des promoteurs du mouvement est pris en photo dans le bureau ovale avec le président[47].

Le , le vice-président des États-Unis Mike Pence publie, sur Twitter, une photo de lui avec des policiers du SWAT du comté de Broward, en Floride. L'un des quatre policiers porte un patch « Q - Question The Narrative » (« Q - Remettez en question le récit »), symbole du mouvement. Il supprimera la photo quelques heures plus tard[48]. Le , Donald Trump retweetait le message d'un membre ayant comme photo de profil une lettre Q[49], symbole du mouvement. Depuis, de nombreuses autres coïncidences vues comme des indices par les Anons ont été relevées.[réf. nécessaire]

En août 2020, Donald Trump reconnaît publiquement qu'il apprécie la dévotion que lui témoigne ce groupe — « I understand they like me very much, which I appreciate » — et d'être considéré comme le sauveur du monde, tout en ajoutant ne pas être au courant de leurs positions complotistes les plus extrêmes[50] voire de ne savoir quasi rien à propos de QAnon[51]. Quelques jours plus tard, lors d'une entrevue sur Fox News, il reprend à son compte plusieurs des thèses diffusées par QAnon, notamment au sujet de la « Cabale » et de Joe Biden qui serait secrètement manipulé[52].

Le mouvement se répand aussi dans le parti républicain[53]. Plus de 60 candidats liés à QAnon se sont présentés aux primaires du Parti républicain et 14 sont candidats aux élections américaines de la Chambre et du Sénat de 2020[54]. Selon plusieurs politologues, la plupart ont peu de chances de gagner, mais quelques-uns remportent les primaires, dont Jo Rae Perkins, Marjorie Taylor Greene et Laurent Boebert[42]. 24 candidats, dont 22 républicains, se présentant au Congrès lors du scrutin du 3 novembre 2020 sont adeptes de la théorie QAnon[55].

Loin de se limiter aux États-Unis, le mouvement tend à se répandre en Europe, notamment en Allemagne et en Grande-Bretagne, où ses thèmes sont repris par des figures de l'extrême droite. Ses nombreux adeptes au Québec ont contribué à en diffuser les thèmes dans la francophonie[56].

En septembre 2020, le sénateur de Californie démocrate Scott Wiener (en) est vivement critiqué par la presse et des politiciens de droite, ainsi que des internautes et adhérents du sympathisant de QAnon, suite à une proposition visant à changer la loi sur le registre des délinquants sexuels, qui selon lui discriminait de manière injuste contre les personnes LGTBQ+. Accusé notamment de soutien à la pédophilie et visé par des attaques antisémites et des menaces, Scott Wiener attribue cette campagne au mouvement QAnon[53].

Diffusion et bannissement par les grandes plateformes Internet

De nombreux sites recensent les publications du mouvement[57],[58]. Alors que l'identité de Q n'est pas connue, l'histoire de la diffusion de ce discours complotiste est bien connue et peut être retracée grâce à des archives de son forum sur Reddit, de vidéos sur YouTube et de messages sur les réseaux sociaux. Les journalistes Brandy Zadrozny et Ben Collins ont identifié les trois modérateurs de réseaux sociaux qui se sont mis d'accord pour amplifier, parmi une nébuleuse de discours complotistes, les messages d'abord peu connus de Q[27].

QAnon, est également diffusé, au milieu d'autres théories conspirationnistes par le mouvement du Falun Gong, via son groupe the Epoch Media Group média, et ses deux principaux médias, la chaîne de diffusion vidéo New Tang Dynasty Television (NTD) et le journal The Epoch Times. Ce groupe à été un portant courant pour le porter vers le grand publique[59],[60].

En juin 2018, le site américain Reddit bannit le forum QAnon en raison de ses discours d'incitation à la violence[3]. Peu après, Apple retire l'application Qdrops de son magasin d'applications[61].

En juillet 2018, Twitter bannit plus de 7 000 comptes reliés à ce groupe, au motif que « ces comptes répandent des messages qui ont entraîné des dommages bien documentés au plan physique, social et psychologique[62] »[63].

En août 2020, Facebook identifie sur son réseau et sur Instagram des milliers de groupes de sympathisants QAnon, totalisant plus de trois millions de membres[64]. Le mouvement a fait des adeptes à l'extérieur des États-Unis et a des groupes dans nombre de pays : Canada, Australie, Mexique, Brésil, Grande-Bretagne, Irlande du Nord, Allemagne, Pologne, Pays-Bas, Bulgarie, Hongrie, République tchèque, Roumanie, Serbie, Slovénie et Italie[65]. Après avoir supprimé un premier groupe comptant 200 000 membres, Facebook envisage de réduire la visibilité de cette communauté, tandis que Google annonce avoir bloqué sa fonction Shopping pour les requêtes associées à QAnon[66]. Facebook supprime effectivement 900 pages et groupes liés à QAnon le [63].

En août 2020, Facebook et YouTube suppriment un documentaire nommé Shadowgate, de la journaliste du site conspirationniste Infowars Millie Weaver, deux jours après sa mise en ligne[67]. Cette vidéo a été massivement relayée par QAnon et avait été visionnée plus de 17 millions de fois dans les premières heures avant que les grandes plates-formes internet n'interviennent[68]. Le jour même de la mise en ligne du documentaire, l'arrestation et la mise en détention de la journaliste Millie Weaver pour vol, falsification de preuves, entrave à la justice et violence domestique a suscité de nouvelles théories du complot[69] et également des interrogations de certains défenseurs de liberté[70],[71].

Le 7 octobre 2020, Facebook annonce la suppression des pages, des groupes et des comptes Instagram faisant l'apologie du discours QAnon[72],[73].

Possible inspiration du mouvement

En 2018, le collectif italien Wu Ming, auteur en 1999 (sous le pseudonyme de Luther Blissett) du roman Q (traduit en français par le titre L'Œil de Carafa, 2001), a fait observer[74] que QAnon s'inspirait en partie de ce texte. Walter Kirn voit plutôt la source du mouvement dans la John Birch Society et les écrits de Carroll Quigley[23].

Quant au nom Q, il pourrait provenir du personnage de la série des James Bond, Q, qui fournit à l'agent secret tout son matériel dernier cri ; il pourrait également s'inspirer d'un personnage omniscient de l'univers Star Trek, Q, qui pousse le héros de la série à voir « au-delà de ses propres limites et perceptions »[75].

Notes et références

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